lundi 19 juin 2017

Etonnants voyageurs

(...)
Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
(...)
Charles Baudelaire – Le voyage



Vue nocturne sur l'avant port et le mont Pico
qui a réussi à percer son écharpe de nuages


Horta est sans doute plus que bien d'autres lieux qui jalonnent le parcours nord-atlantique un carrefour où se retrouvent à l'escale une diversité d'histoires et de voyages. Beaucoup de voiliers faisant leur route de retour vers l'Europe – on y croise donc toutes les nationalités navigantes, français, anglais, allemands, suédois, norvégiens, hollandais et j'en passe…. mais aussi américains qui vont vers l'Europe ou en reviennent, voire australiens comme Steven avec qui j'ai passé un moment à sa demande pour régler et paramétrer les instruments de la centrale de navigation car il prenait en charge le convoyage un bateau allemand vers la Méditerranée et après discussion improvisée à la sortie de la caisse du supermarché, il avait été intéressé par mon expérience solitaire en matière de gestion instrumentale pour la sécurité ( … Dom-Nomade-consulting … tiens, une idée?)


Tradition ... respectée ...

On trouvera rarement plus cosmopolite que le bar ''Café Sport'' d'Horta, bien plus célèbre d'ailleurs sous la dénomination irremplaçable et perpétuelle ''chez Peter'' où se retrouvent les marins voyageurs de tous horizons, et où l'ambiance chauffe d'autant plus vite le soir quand le patron a fait venir un musicien.

Et puis un mot sur deux personnages de rencontres qui sont assez particuliers - je dirais un peu hors normes - dans cet environnement de voileux … deux étonnants voyageurs.


Justin – el corsario canariano
C'est souvent par un tonitruant « Hola corsarios !!» que Justin (prononcer ''ioustinne'', et il me faudrait un accent sur le i mais j'ai pas ça sur mon clavier français) se signale comme par exemple à l'entrée du bar chez Peter quand on s'y retrouve le soir dans un groupe que le hasard sait si bien constituer.
Avec sa longue et épaisse chevelure en ''dreads'' façon rasta, sa barbe noire abondamment fournie, on le remarque entre tous.

J'ai connu Justin en octobre 2016 aux Canaries lors de ma descente atlantique, plus précisément à Lanzarote à Marina Rubicon où j'avais fait escale technique pour remplacer mon hélice.
J'avais remarqué son arpège ''Kalinka'' en cours de réfection, et en tant qu'ancien possesseur d'arpège j'avais été épaté par son cockpit entièrement refait en teck, sa capote de rouf rigide, toute l'instrumentation et le circuit électrique refaits, tout respirait un travail de qualité très soigné. Nous avions vaguement sympathisé alors.
J'ai retrouvé Justin aux Açores récemment, venu un soir toquer à Nomade, il venait d'accomplir sa traversée Atlantique et après avoir comme nous tous sillonné les Caraïbes, était sur sa route retour vers Lanzarote :
Justin est le premier canarien à traverser l'Atlantique en solitaire...
Lors de sa traversée aller, suite à une panne de pilote, il avait mis au point un ingénieux système constitué des deux voiles d'avant – génois et trinquette en ciseau, et un tourmentin (la plus petite voile d'avant triangulaire, spéciale tempête) tendu au milieu dans l'axe, les trois voiles sur le même étai, et un renvoi de cordages élastiques depuis le tourmentin vers la barre pour constituer une sorte de régulateur d'allure lui permettant aussi de se reposer.
Ça a marché!!
Sa route Bermudes-Açores fut également dure et épique, il a heurté manifestement une baleine et sérieusement endommagé son gouvernail, safran tordu, aileron de safran cassé, quasiment plus de possibilité de gouverner, très peu d'angle de barre restant, et risque que tout parte à l'eau.
Après plusieurs jours de doutes et de cogitation, puis avoir refusé l'assistance car il aurait dû alors quitter le bateau, il a fini sa route avec son safran maintenu par des cordages et une gestion de cap un peu compliquée.

Une belle leçon de persévérance...
Son arpège Kalinka est au sec sur la zone chantier, et Justin attend le verdict de son assurance pour voir comment sera prise en charge la facture …
J'ai eu quasiment le même dommage sur mon arpège il y a quelques années, la facture était assez conséquente … ici à Horta elle est environ deux fois et demi plus élevée …!!
Gardes le moral, Justin … t'es pas du genre à renoncer à quoi que ce soit.
Corsario!!

Liens :



Joel – Captain Jex
Lorsqu'on aperçoit son bateau amarré au long du quai de pierre près du Clube Nautico, dans le port d'Horta, on se dit ''bon sang, le gars a le moral!''
(voir liens, Gallery)

Mais on peut songer aussi avec une certaine satisfaction qu'entre les superbes grands voiliers super-équipés et le bateau de Joel, l'aventure n'a pas de règles et reste possible à quiconque y croit.

Joel, dit ''Captain Jex'' est le premier habitant de Grenade à avoir traversé l'Atlantique solo en 2006 lors d'un convoyage des Caraïbes vers l'Angleterre, il a donc déjà pas mal bourlingué.
En 2016 sur son actuel bateau qui est à quai à Horta, il a mis 52 jours pour rallier les Caraïbes aux Açores !!
Il projette d'être le premier Afro-Carribéen à faire le tour du monde en solitaire.
Manifestement il le fera à bord d'un autre bateau qui lui sera confié depuis l'angleterre.

Anecdotique mais rageant: il s'est fait voler ces jours-ci son palan d'écoute de grand-voile, après qu'on lui ait coupé sauvagement les cordages, tout est à remplacer …. alors que c'est sans doute le bateau le plus pauvrement équipé de tout le port …
La connerie - hélas - est vraiment sans limites ...



Liens :


vendredi 9 juin 2017

Partir ... Revenir

Une évocation poétique de cette boucle atlantique qui va bientôt se refermer sur le point de départ.




Et le texte associé ci-dessous:


J'ai habité la mer j'ai visité ses îles

Et Nomade a tracé un long sillon fertile

Mon rêve parfumé d'épices tropicales

Gonflait ses voiles douces comme une percale

Et des soleils naissants jusqu'aux lunes dorées

J'ai glissé dans un monde aux accents ignorés


Le bonheur un matin après des jours sur l'eau

De voir à l'horizon l'île de Porto Santo

Ma première enjambée hors du vieux continent

Me donna l'énergie de pousser plus avant

Tout comme l'arrivée sur la belle Graciosa

La graine du bonheur dans mon coeur y planta



Enfants de Tarrafal gens de Cabo Verde

Venant vers les bateaux lors de nos arrivées

Musiques chaloupées des bars de Mindelo

Accueils si chaleureux sur Santo Antao

J'ai quitté ce pays avec les yeux qui brillent

Pour une grande route qui conduit aux Antilles



Longue tranche de vie poussé par l'alizé

Ces houles majuscules et cette immensité

Et le temps arrêté aux aiguilles de la montre

L'univers m'invite à venir à sa rencontre

Devenir une particule élémentaire

Et de mes certitudes à refaire l'inventaire



Montagnes de verdure lointain morceau de France

Les Antilles apparaissent comme une délivrance

Ennivrées de soleil inondées de turquoise

Nomade est enchanté le voilà qui pavoise

Goûtant aux vents sucrés dans la rade des Saintes

Flânant Marie-Galante comme une toile peinte



Frôlant les Iles Vierges aux parfums d'amérique

Montserrat et son volcan apocalyptique

Caraïbes nacrées aux odeurs de canelle

Nomade alors se prend pour une caravelle

Et moi le cristobal venu du Morbihan

Je regarde le monde avec des yeux d'enfant



Transater le retour me semblait une épreuve

Je fus vite comblé dès que je fus à l'oeuvre

Je n'ai que rarement subi de la pétole

Et j'ai même affronté quelques montagnes folles

Mais Nomade si fier jamais ne m'a trahi

Il suffisait souvent d'aller reprendre un ris



Une ultime foulée dans un vent qui adonne

Et voilà que surgissent les perles lusophones

Aux sommets enroulés de brumes irlandophiles

Açores désirées loin des flux mercantiles

Les voiliers voyageurs se retrouvent en ces lieux

Comme des migrateurs ayant défié les cieux



Racontant aux soirées nos bons moments épiques

Les enrobant parfois comme des drames antiques

Nous guetterons bientôt si la bonne fenêtre

Est vraiment disposée à nous voir disparaître

Vers l'ultime horizon et nous mettre en partance

Pour revenir enfin au beau pays de France


dimanche 4 juin 2017

Faial - Da costa a costa - rando



Je me suis attelé à la randonnée dite "Da costa à costa" (d'une côte à l'autre)



Tous les détails sur http://www.visitazores.com/fr


36 km, avec le volcan La Caldeira au centre et son grand et remarquable cratère.
2 jours  de marche prévus, le sac à dos est bien rempli et bien lourd, on marche en pleine nature sans ne jamais traverser un village, donc prévoir ce qu'il faut pour dormir, et manger.

Et surtout le dénivelé est assez important, on part du niveau de la mer pour monter pendant une quinzaine de kilomètres jusqu'à quasiment 1000 mètres, puis la seconde partie redescend au niveau de la mer avec aussi de beaux dénivelés en montées et descentes à plusieurs reprises dans cette seconde partie dite "des 10 volcans".

Une rando classée "difficile" ... bon j'y vais quand même ...


Herberto et son taxi me dépose à pied d'œuvre, 8H30 du matin, à la cote altitude zéro


 Le ton est donné tout de suite, un coupe  jambe qui n'en finit pas ...
après il y aura les mêmes en descente, et d'autres encore en montée ... etc ...


 Premier plateau, avec ce phare abandonné, endommagé par un tremblement de terre.

 Vue sur Ribeirinha
 Situées à la jonction des plaques tectoniques, Les Açores ont subi de fréquents séismes qui ont laissé des traces

 Comme ici aussi sur cette église ...



 Une fois passé le premier relief, on marche dans une plaisante nature verdoyante, avec beaucoup d'élevage bovin


 Au loin le Monte Pico sur l'ile en face, toujours en majesté, perce pour une fois les nuages. On est ici dans une zone de nature protégée,  vue prise depuis un observatoire d'oiseaux, où j'ai surtout entendu un invraisemblable concert de grenouilles.




Pause déjeuner dans une aire remarquablement aménagée avec eau , wc (propres!), barbecues sous un appentis ...




 E nocé estamos bien contents d'être là .... après 6 heures de marche.

 Le cratère de La Caldeira, 2 km de diamètre, 300 m de profondeur des parois quasi verticales, c'est assez impressionnant.




 C'est pas tout mais l'heure tourne, et il y a encore du chemin avant de trouver un endroit pour passer la nuit
C'est parti pour le seconde partie dite des 10 volcans ... ça va monter et descendre sans arrêt.


Les levadas, petites canalisations  de transport de l'eau semblables à  celles qu'on trouve à Madère, mais alors ici les chemins étaient très très boueux.

 Après 11 heures de marche, 30km parcourus, des dénivelés parfois bien raides qui m'ont apporté de belles ampoules aux pieds, bien crevé, j'arrive enfin sur une zone aménagée où je plante ma tente carrément sous un appentis de pique-nique, dans cette zone volcanique, pas facile de trouver un endroit pour passer la nuit, entre les forêts denses et ombrageuses, les espèces de garrigues ou les zones de pierraille volcanique,  et les nuits sont fraîches ici dans la montagne.


 Les visiteurs ne traînent pas ...

 Jour 2, c'est reparti, mais bon sang avec mes ampoules sous les pieds, j'en bave un max ...

 Faial est aussi nommée "L'île aux hortensias" ou "l'île bleue". On en voit partout dans la nature, même aux bords du cratère. Mais en cette saison ceux-ci ont les seuls hélas que je vois fleuris (et blancs) à basse altitude près de la côte.

 On y est presque, mais avec mes ampoules aux pieds, j'vous dis pas ... je marche à petits pas et les bâtons sont indispensables ...

 Un dernier volcan à passer ... non, non, on ne renonce pas ...


 Son cratère ...


 Et là-bas l'arrivée, avec vue sur cette extension volcanique de 2,5 km2 de l'île lors d'une éruption en 1957 qui a rajouté ce morceau d'île, accompagnée de tremblements de terre (photos du début).

 Celui-là, on l'a passé ... Je ne sais pas si il y en avait bien 10 mais je suis content d'arriver, mes pieds surtout !

 paysage lunaire






Et l'ancien phare  devenu quasiment invisible du large, donc inutilisable, depuis l'extension de l'île...



Il me reste à appeler Herberto le taxi qui me ramène au bateau où je soigne désormais mes pieds douloureux ... je ne repars pas en rando de suite c'est sûr ! (Et je pense qu'il faut que je revoie mes chaussures de marche)











lundi 29 mai 2017

Horta - Ile de Faial - Açores

Deux dépressions sont passées sur Les Açores a quelques jours d'intervalle, ça remue un peu, les drisses de certains bateaux mal tendues  claquent au vent comme pour rythmer un temps qui passe mollement, au gré des trains de pluies pénétrantes comme une préparation à un retour vers la Bretagne.

Puis de belles éclaircies qui voudraient rappeler qu'il y n'y a pas si longtemps on était encore aux tropiques mais que c'est bien fini.
Je disais "Irlande" dans mon impression perçue dans les derniers milles avant l'arrivée sur Faial, pas si loin peut-être, mais Bretagne ... un peu quand même ... ajoutée à la verdure et la douceur des paysages.


Je ne ressens pas cette apathie, cette grosse fatigue disons le, que j'avais eue à l'arrivée en Martinique après la transat aller, bien que cette transat retour ait été plus longue, et avec quelques séquences musclées pour autant. L'expérience? Le "métier qui rentre" ? J'étais sans doute mieux préparé, je n'ai pas maigri d'un poil cette fois-ci, j'avais prévu des compléments alimentaires qui m'ont bien aidé à tenir dans les moments où cuisiner était vain, et je me suis imposé une vraie discipline de repos.


Quelques petites réparations:

- ma drisse de grand voile ( le cordage qui sert à la hisser) a beaucoup ragué contre les montants du réa (la poulie en tête de mât) avec souvent du vent de travers assez forts et des prises et largages de ris fréquents, pour réduire ou renvoyer de la toile selon les besoins, à tel point qu'à l'affalage de la dite GV à l'arrivée, je me suis dit que je n'étais pas passé loin d'une rupture qui aurait été très très ennuyeuse, voire impossible à réparer en route car elle passe à l'intérieur du mât ... Je  l'ai reprise au-dessus de la marque d'usure ... à surveiller par la suite.
- vanne d'entrée d'eau des WC qui fuit. Pas de quoi s'alarmer mais ça commençait à bien mouiller les fonds dans la cabine de toilettes et il fallait éponger régulièrement.  Avec le risque que ça s'aggrave.
La question était "faut-il sortir le bateau ou pas ?"

Finalement j'ai trouvé la solution simple en laissant à l'eau: Plongée sous le bateau  (brrrr, 19 degrés, ils sont où mes 26 degrés antillais ?) bouchage du passe coque par l'extérieur avec  le bouchon d'une bouteille d'un Douro rouge portugais qui fut bien bon, rond en bouche comme j'aime, bouchon enduit d'une pâte de bouchage de fuites urgentes ( Stay Alfloat Emergency de chez Rocship, en vente dans tous les bons USHIP, pour ceux que ça intéresse, bon produit utile, et que j'avais à bord depuis le départ) et remplacement de la vanne ...
-chauffage - car oui, Nomade a tout d'un grand et même un chauffage intégré au gasoil. Le filtre de la pompe à gasoil était obstrué. Bien content de l'avoir remis en service avec les deux coups de vent chargés d'humidité et de fraîcheur. Un souffle d'air chaud et sec pulsé dans les deux cabines et le carré central ... tout sèche ... il fait bon ... bonheur.


Traditions:
Deux traditions à Horta:
- aller boire un pot dans le célèbre bar "Chez Peter" - en général c'est bondé de monde.
- laisser sa marque de passage sur les quais emplis de ces peintures innombrables des "transateux".



 Avec un certain talent parfois




Je prévois la mienne, mais il faut que je trouve de la peinture.



Ballade alentours :
Sans aller loin, aux alentours du port, il y a déjà de quoi faire une jolie ballade d'une demi-journée, sur les sommets d'une espèce d'ancien volcan dont le cratère effondré a laissé une superbe petite crique au sud de l'île.



Le mont Pico, sur l'île du même nom, en face, avec toujours le nez dans les nuages, qui culmine à 2352 mètres, je crois que c'est le point culminant du Portugal, je n'ai encore jamais réussi à voir son sommet. 




Le port et la ville d'Horta vus des sommets proches


 Caldeira do Inferno (Le chaudron de l'enfer ?) sorte de cratère effondré dans la mer

 Sympa la ballade ...!!



 Et ces nombreuses églises toutes sur ce même style


 



Whale Watching :
Il fut un temps, dans un passé pas si lointain, où on chassait, tuait et exploitait industriellement la baleine aux Açores.
De nos jours c'est une autre forme d'exploitation qui a pris place, le "whale watching", ou "observation des baleines".
C'es une activité touristique désormais bien développée  (et avec des règles à priori de bienveillance)  avec ses nombreuses offres de sorties en mer le long des quais. Après tout on peut se réjouir de cette conversion inoffensive.
La question que je me suis posée (qu'est ce qui garantit que lors d'une sortie on va en voir?) a trouvé sa réponse lors de ma ballade sur les sommets:  des observateurs munis de puissantes longues vues binoculaires sont postés sur les sommets en front de mer, et indiquent leurs positions aux bateaux. Moralité, vu qu'elles sont assez nombreuses sur cette zone, on est quasiment sûr d'en voir lors d'une sortie ... bien joué!

La suite ?
En quelques mots: Marie-Claire me rejoint aux Açores vers fin juin pour passer une semaine ensemble, puis début juillet j'attaque la dernière étape, avec cette fois-ci un équipier, mon fils Alexis.... voire même une équipière à récupérer à La Corogne .
Fin du solitaire ... pour une belle perspective de final en équipage.

Mais d'ici là j'ai encore le temps de flâner dans ce bel archipel des Açores.